L’image est partout : des affiches publicitaires dans le métro, à l’écran de télévision qui trouve quand même sa place dans notre 15 mètres carrés en passant par l’iPhone, le Mac et la galerie d’art du coin. Nous ne perdons plus de temps à la regarder. La photographie nous affecte directement et fait surgir notre émotion. Chaque photographe s’attaque à un style particulier et transporte son admirateur dans un registre précis. Certains sont destinés à nous enchanter, à nous faire saliver, d’autres à nous attrister ou nous horrifier. Elle nous pousse parfois à défendre une cause et souvent à acheter le dernier shampoing qui promet monts et merveilles. Zoom sur le travail de deux photographes contemporains : Salgado et le paysage, puis Demarchelier et la mode.

Sébastião Salgado nous émerveille

 

Brillant intellectuel brésilien, pourtant promis à un avenir rêvé au sein de l’Organisation Internationale du Café, Sébastião Salgado bouleverse ses plans dans les années 1980 pour se plonger dans l’univers inconnu de la photographie. C’est en parfait autodidacte qu’il intègre successivement les plus grandes agences : Sygma, Gamma, et Magnum. Puis en 1994, las d’un travail qui lui est dicté, il crée avec l’aide de sa femme sa propre agence de photos « Amazonas Images ». Désormais, il construit ses projets lui-même. Le grand accomplissement de sa vie, c’est sans doute Genesis : huit ans de travail – 2004 à 2012 – , près de 30 voyages et 245 photos. En somme, un travail colossal aux quatre coins du monde et un homme qui s’excuse d’avoir été si long à le réaliser. D’ordinaire plus habitué à immortaliser le malheur des hommes, il s’essaye ici au paysage et c’est loin d’être raté. Il est parti loin, très loin à la recherche d’une nature brute et silencieuse. Ses clichés rendent un hommage grandiose à la beauté de notre planète et à ceux qui y vivent de manière traditionnelle.

Sebastiao Salgado - Article 3 (première image)
Sébastião Salgado, Genesis

Il éveille en nous émerveillement et curiosité pour ces peuples de l’autre bout du monde. Le travail de l’artiste est remarquable mais les images sont parfois gênantes. Les prises de vue des tribus rares sont pour la plupart axées sur l’exhibition des corps mis en scène. Nous ne sommes pas des puritains mais sommes-nous autorisés à scruter une jeune amazonienne, nue et cambrée, au corps parfait dans son intimité ?

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Sébastião Salgado, Genesis

A part ça, Sebastião Salgado, allergique aux couleurs, reste fidèle à sa ligne noir et blanc à la fois classique et lyrique. Ces instants figés aux lignes maitrisées nous montrent une nature indestructible mais pourtant fragilisée.

Pour aller plus loin, visionnez la conférence TED « Sebastião Salgado : Le drame silencieux de la photographie »

Qui vous fait tourner la tête ? 

Patrick Demarchelier. Vous vous posez la question ? Oui, c’est bien le photographe sous les ordres de Miranda Prieslty dans le célèbre film Le Diable s’habille en Prada. Il est réel. Il commence la photographie à l’âge de dix-sept ans, puis il devient l’assistant d’Hans Feurer – photographe de mode suisse – auprès duquel il apprend énormément. Les choses sérieuses ne débuteront seulement lorsqu’il travaillera pour Marie-Claire et Elle au début des années 1970. C’est lorsqu’il part à l’assaut de la Grosse Pomme en 1974 que sa carrière décolle : il est embauché par Vogue. La consécration. Demarchelier a shooté les plus belles filles du monde  parées des dernières tendances. Princesses, acteurs, chanteurs, créateurs, tous sont passés devant son objectif. C’est l’homme qui a lancé le mannequin Kate Moss, le portraitiste personnel de Lady Di dans les années 1990, et aujourd’hui, son nom est bien souvent associé à Dior. C’est lui qui révèle au monde les tendances des prochaines saisons. Il nous fait saliver grâce à une photo artistique douée d’un pouvoir publicitaire.

En 2007, le Council of Fashion Designers of America, lui a décerné le « Eleanor Lambert Award » pour « sa contribution unique au monde de la mode ».

Car son oeil est particulier : il sublime le naturel. Le photographe aime la spontanéité de ses sujets. Il l’a ressent, l’effleure et l’attrape dans un cadre créer de toute pièce. Il saisi l’instant où la femme a oublié le photographe. Ainsi, grâce à son style, il inaugure une nouvelle phase de la photographie de mode faite d’images désinvoltes.

Patrick Demarchelier - Article 2

Dans ce monde davantage visuel qu’olfactif ou sonore, d’autres photographes sont là pour nous faire rougir avec le nu par David Hamilton ou encore Spencer Tunick, pour nous heurter avec le photojournalisme d’Henri-Cartier Bresson, de Carol Guzy et de Robert Capa. La photographie nous met dans tous nos états. A vous de choisir l’émotion que vous souhaitez ressentir.

Green Scarf Lady.

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